Le CECOREL (organisme intersyndical et inter-associatif) et l’UNAT National, principale coordination française du tourisme social, ont organisé une réunion publique sur le thème :
« Pour un tourisme vecteur de citoyenneté, de démocratie et de promotion de l’individu »
le mercredi 4 juin 2008 de 9h à 17h
au Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ce colloque nous est apparu d’une très grande utilité au regard d’une évolution de la société qui privilégie excessivement les questions tarifaires par rapport aux contenus, cela vaut pour le débat entre services publics et secteur privé mais cela vaut aussi dans le domaine du tourisme où la recherche du « moins disant » peut conduire à un abandon de toute politique culturelle et citoyenne.
"Le tourisme, par les activités, par les déplacements et les contacts humains qu’il induit, par la complémentarité intersectorielle et par la consommation de territoire qu’il implique, ainsi
que par les valeurs esthétiques, patrimoniales et d’évasion qu’il véhicule, modifie profondément le futur d’une population et d’un territoire, en termes de bien être économique et social et
d’environnement.
Le tourisme social doit quant à lui, avoir pour ambition de concevoir et de promouvoir un « autre tourisme » en termes de population « partante », d’activités pratiquées, de répartitions des revenus, de préservation de l’environnement.
La priorité doit être celle de rendre le tourisme accessible à tous, sans discrimination et notamment ouvert aux catégories sociales défavorisées :
- par les revenus (jeunes, chômeurs, travailleurs à faibles revenus),
- par les besoins (familles nombreuses, ou monoparentales)
- ou par le handicap d’âge, physique ou moral.
Cette priorité se justifie à trois niveaux : en tant que droit de l’homme, en tant que facteur de développement personnel et en tant que créateur de lien social.
Les vacances et les voyages doivent être un élément d’épanouissement de l’être humain, des moments et des occasions privilégiés d’enrichissement des personnes, par la découverte des milieux, des cultures et des civilisations, par l’exercice d’activités physiques, artistiques, sportives ou ludiques, par la rencontre de personnes au-delà de toutes les différences.
Le tourisme social s’intègre donc dans une perspective d’éducation permanente – notamment par l’accent mis sur le poste d’animation :
- par l’élaboration d’un projet pédagogique pour les enfants,
- par des propositions d’activités de découverte culturelle – tout en respectant la liberté de choix des activités de loisirs.
L’intérêt que l’on trouve dans ce type de vacances est qu’il favorise l’acquisition de compétences transférables à l’emploi et à la vie quotidienne. Elles permettent de renforcer certaines compétences (organisation, logique, recherche documentaire, compétence en matière d’économie familiale) ou d’améliorer certaines qualités (ponctualité, respect des règles collectives, nécessité de négocier ou d’argumenter).
Les vacances sont aussi un moment de renforcement des liens familiaux et de l’estime de soi. Elles permettent d’avoir du temps pour soi et pour ses enfants. L’un des objets du tourisme social est donc de favoriser ces effets diffus et différés sans toutefois transformer le plaisir des vacances en devoirs d’insertion ou de parentalité.
Concernant plus particulièrement les enfants, les vacances sont à la fois une phase de construction de la personnalité – par le développement du goût et de la curiosité- un moyen de socialisation et un vecteur d’intégration sociale. Malheureusement, on constate que le pourcentage d’enfants bénéficiant de ce type de vacances n’est pas suffisamment important et que beaucoup ne partent jamais en vacances et n’ont, pour la grande majorité, pas d’activités particulières pendant les vacances.
Le tourisme social , et il est important de le souligner, est aussi un facteur de cohésion sociale. Il n’est pas seulement bénéfique à la personne qui part mais aussi pour la société car il est générateur de capital social, en matière de citoyenneté, de valeurs partagées, de sociabilité, de sentiment d’appartenance à la collectivité, de paix sociale et même de performance économique.
La charte de l’UNAT va plus loin en affirmant cette forte volonté de « brassage social » au sein du tourisme associatif, de cohabitation, de rencontres et de partages entre vacanciers aux caractéristiques sociales, culturelles, religieuses ou physiques différentes. Cette mixité sociale suppose à la fois d’assurer une présence simultanée des diverses catégories sociales (prix modérés y compris en haute saison, péréquation tarifaire en fonction du quotient familial, partenariat avec les travailleurs sociaux, accueil adapté aux différents handicaps …) et la rencontre de ces catégories sociales (fort pourcentage de m2 de vie en commun, animations de groupe, refus de télévisions dans les chambres et les gîtes..).
C’est tout l’enjeu et toute la difficulté du tourisme social de ne pas renoncer devant l’évolution de notre société vers une « course aux prestations ».
Notre ambition doit être le refus de la société de « l’entre soi », du « séparatisme socio-spatial », de la ghettoïsation par le haut », de « l’enfermement social des enfants ».
Oui, le danger aujourd’hui, c’est le rapprochement sensible que l’on constate entre le tourisme social et le tourisme commercial. Cet alignement progressif que nous constatons en matière de clientèles, de produits, d’aides au départ et de méthodes de gestion. Ne risque t’on pas d’aller vers l’absorption du tourisme social par le tourisme commercial, à l’image de V.V.F., symbole historique du tourisme familial français qui est devenu en 2001 un opérateur commercial et qui très récemment à été racheté par un grand groupe ?
Par l’histoire, par les valeurs qui nous animent et les projets que nous formuleront, nous devons nous rapprocher de la définition de l’utilité sociale que propose Jean GADREY , économiste français et spécialiste des services en France qui dit :« est d’utilité sociale, l’activité d’une organisation d’économie sociale qui a pour résultat constatable et en général, pour objectif explicite, de contribuer :
- A la réduction des inégalités économiques et sociales,
- A la solidarité et à la sociabilité,
- A l’amélioration des conditions collectives de développement humain durable (dont fait partie l’éducation, la santé, la culture, l’environnement et la démocratie.)
C’est dans cette perspective que nous devons nous efforcer de travailler, afin d’élaborer des indicateurs opérationnels d’évaluation de notre contribution au tourisme social, au bien être individuel et collectif de l’ensemble des parties prenantes de l’activité : touristes, travailleurs, partenaires et habitants.
Je
vous remercie pour votre attention."
Les représentants de l'UNSA avec Frédéric ROSMINI pendant la pose repas